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Une guerre fondée sur des mensonges et des illusions n’a qu’une seule vérité : Les Irakiens ne veulent pas de nous, par Robert Fisk 9 avril 2004
Même le renversement de la statue de Saddam était une superchérie. Un véhicule militaire américain a tiré la misérable statue pendant qu’une foule de quelques centaines de personnes seulement regardait. Où étaient les dizaines de milliers de personnes qui auraient dû renverser cette statue eux-mêmes, qui auraient dû célébrer leur « libération » ? Dans la nuit du 9 avril l’année dernière, la BBC a même réussi à trouver un « commentateur » pour m’insulter, moi et The Independent, pour avoir utilisé des guillemets autour du mot « libération ». En fait, la libération de la dictature de Saddam durant ces premiers jours et semaines voulait dire la liberté de piller, la liberté de brûler, la libérté de kidnapper, la liberté de tuer. Les bévues initiales des Étasuniens et des Britanniques - laisser les foules prendre le contrôle de Bagdad et d’autres villes - ont été suivies par l’arrivée d’escadrons de pyromanes bien plus sinistres encore qui ont systématiquement détruit toutes les archives, tous les ministères gouvernementaux (à l’exception du ministère du pétrole et de l’intérieur qui ont, bien sûr, été protégés par les troupes étasuniennes), des manuscrits islamiques, des archives nationales et des antiquités irremplaçables. L’identité culturelle même de l’Irak fut annihilée. Et malgré cela, les Irakiens sont censés se réjouir de leur « libération ». Les forces d’occupation se moquent des rapports faisant état de femmes enlevées et violées - en fait, les enlèvements d’hommes aussi bien que de femmes étaient de l’ordre de 20 par jour et pourraient maintenant atteindre 100 par jour - et refusent systématiquement de calculer le nombre de civils irakiens tués chaque jour par des hommes armés, des voleurs et les troupes étasuniennes. Cette semaine encore, au moment où les promesses, les mensonges et les contre-vérités apparaissent au grand jour, le porte-parole militaire étasunien ne pouvait toujours donner que les chiffres des pertes étasuniennes - et ceci alors que plus de 200 Irakiens auraient été tués dans l’attaque étasunienne sur Falloujah. Au fur et à mesure que les mois passaient, l’isolement des autorités occupantes au sein de la population irakienne dont elles prétendaient tant se soucier, n’a été égalé que par la grande distance entre les faux espoirs et l’auto-tromperie des forces d’occupations à Bagdad et leurs maîtres là-bas à Washington. Paul Bremer, l’administrateur civil étasunien en Irak, parlait de la résistance comme des « derniers fidèles du parti » (party remnants), ce qui est exactement comment les Russes désignaient leurs opposants afghans après qu’ils eurent envahi l’Afghanistan en 1979. Puis Bremer parlait des « irréductibles » (diehards). Et puis ils les a appelés les « jusqu’auboutistes » (dead-enders). Et lorsque les attaques contre les Étasuniens augmentèrent autour de Falloujah et d’autres villes musulmanes sunnites, on nous a dit que cette région formait le « triangle sunnite », bien que la région concernée est bien plus grande que ce que cette expression implique et qu’elle n’a pas une forme triangulaire. Donc, lorsque le président Bush a fait sa célèbre apparition sur le Abraham Lincoln pour annoncer la fin des opérations militaires majeures - sous une bannière clamant : « mission accomplie » - et lorsque le nombre des attaques a continué d’augmenter, il était temps de réécrire le chapitre sur l’après-guerre en Irak. Des « combattants étrangers » étaient maintenant de la bataille, selon le secrétaire d’État Donald Rumsfeld. Les média étasuniens ont propagé ce non-sens, bien qu’aucun agent d’Al-Qaida n’ait été arrêté en Irak et que sur les 8500 détenus « pour questions de sécurité » par les Étasuniens, seulement 150 seraient étrangers à l’Irak. Seulement 2%. Et alors que l’hiver approchait, que Saddam était capturé et que la résistance anti-étasunienne persistait, les forces d’occupation et leurs journalistes préférés ont commencé à parler de guerre civile, fantaisie qu’aucun Irakien n’a jamais nourri et que personne n’a jamais entendu évoqué par eux. L’Irak devait alors être soumis par la peur. Qu’arriverait-il si les Étasuniens et les Britanniques partaient ? Une guerre civile, bien sûr ! Et nous ne voulons pas d’une guerre civile, non ? Les Chiites restèrent tranquilles, leur pouvoir divisé entre le chef éduqué et pro-occidental, le grand ayatollah Ali Sistani, et l’impétueux mais intelligent Moqtada al-Sadr. Ils ouvrirent les fosses communes et pleurèrent ces milliers de gens qui furent torturés et exécutés par les bouchers de Saddam et demandèrent pourquoi nous avons soutenu Saddam, pourquoi il nous a fallu 20 ans pour découvrir la nécessité de lancer notre invasion humanitaire. Si les autorités occupantes avaient pris le temps d’étudier les résultats d’une conférence sur l’Irak donnée par le Centre d’Études sur l’Unité Arabe à Beyrouth dernièrement, elles auraient pu être forcées de reconnaître ce qu’elles ne peuvent admettre : que leurs opposants sont des Irakiens et que ceci est une insurrection irakienne. Un académicien irakien, Sulieman Jumeili, qui vit dans la ville de Falloujah, raconte comment il a découvert que 80% de tous les rebelles tués étaient des activistes islamistes irakiens. Seulement 13% des morts étaient principalement nationalistes et seulement 2% étaient des baasistes. Mais nous ne pouvons accepter ces statistiques.Parce que si c’est une révolte des Irakiens contre nous, pourquoi ne sont-ils pas reconnaissant pour leur libération ? Donc, après les atrocités de Falloujah il y a seulement une semaine, alors que quatre mercenaires étasuniens ont été tués, mutilés et traînés à travers les rues, général Ricardo Sanchez, le commandant étasuniens en Irak, a approuvé ce qui est absurdement appelé « Opération Résolution Vigilante ». Et maintenant que les milliers d’hommes de la milice chiite de Sadr ont rejoint la bataille contre les Étasuniens, le général Sanchez a dû changer de discours encore une fois. Ses ennemies n’étaient plus des « irréductibles de Saddam », ni même Al-Qaida ; c’était maintenant « un petit (sic) groupe de criminels et de voyous ». On ne laissera pas le peuple irakien tomber sous leur joug, a dit le général Sanchez. Il n’y avait pas « de place pour une milice renégate ». Et ainsi les Marines se sont violemment frayés un chemin dans Falloujah, tuant plus de 200 Irakiens, y compris femmes et enfants, tout en utilisant l’artillerie des tanks et hélicoptères contre des hommes armés de fusils dans les bidonvilles de Sadr City, un faubourg de Bagdad. Il a fallu un jour ou deux pour comprendre quelle nouvelle illusion s’était emparée du commandement militaire étasunien. Ils ne faisaient pas face à une insurrection à l’échelle du pays. Ils étaient en train de libérer l’Irak encore une fois ! Et, bien sûr, cela va signifier encore quelques « opérations militaires majeures ». Sadr se retrouve sur la liste des recherchés pour meurtre, d’après un mandat d’arrêt dont personne ne nous avait parlé quand il a été émis il y a plusieurs mois - soi-disant par un juge irakien - et le général Mark Kimmit, le numéro deux du général Sanchez, nous a dit avec assurance que la milice de Sadr sera « détruite ». Et ainsi le bain de sang se répand encore plus à travers l’Irak. Kut et Najaf sont maintenant hors du contrôle des forces d’occupation. Et avec chaque nouvelle débâcle, on nous parle de nouveaux espoirs. Hier, le général Sanchez parlait encore de sa « confiance totale » en ses troupes qui avaient « un but clair », et comment ils faisaient « des progrès » dans Falloujah et comment - selon ses propres termes - « une nouvelle aube approchait ». C’est exactement ce que les commandants étasuniens disaient il y a un an aujourd’hui - lorsque les troupes étasuniennes sont entrées dans la capitale irakienne et que Washington s’enorgueillissait d’une victoire contre le monstre de Bagdad. Traduction bénévole du rezo des Humains Associés : CL,KT & RI Vous souhaitez vous aussi participer au travail de traduction?
posté par Natacha Quester-Séméon |
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